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2012年6月7日星期四

La Rumeur - Tout Brule Deja

http://www.la-rumeur.com/img/la-rumeur_tout-brule-deja_cover-340.jpg

http://www.la-rumeur.com

https://www.myspace.com/larumeurofficiel





Origine du Groupe : France

Style : Hip Hop , Rap

Sortie : 2012

icon streaming

00000000000000DOWNLOAD

 

 

 

 

 



Par Thomas
Blondau
   pour http://www.lesinrocks.com




Modèle d’intégrité et d’intransigeance dans le rap français, La Rumeur devient ardent sur un quatrième album pessimiste et abouti. Critique et écoute.



Les rappeurs ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu’ils touchent l’intime. Lorsque l’egotrip ou la vindicte politique s’affaissent sous le poids de visions personnelles qui impriment à ces
deux aspects fondamentaux du rap quelque chose de singulier. Formé il y a quinze ans par Philippe, Ekoué, Mourad et Hamé, La Rumeur a souvent cheminé en ce sens mais n’a pas toujours atteint ce
but avec clarté. Les livraisons de ces enfants d’immigrés, qui témoignent de la complexité de parcours issus de l’exil, ont parfois emprunté des chemins textuels escarpés qui en ont rendu le
décodage fastidieux.



En dépit d’une discographie sans tache et d’une poignée de chefs-d’œuvre qui transpirent la sensibilité des auteurs (Blessé dans mon ego, où Ekoué évoque sa double identité et raille son “statut
de paria ici, et d’intrus en cance-va au bled”…), le groupe s’est parfois exprimé avec une forme de distance descriptive, un didactisme martial qui lui a conféré une aura de crew politique,
compétent et pertinent, mais finalement froid. C’est ici que Tout brûle déjà marque un mouvement.



En 2012, le fond demeure mais la distance se réduit, projetant les rappeurs au centre de leurs écrits, charriant dans un même flot désordres intimes et désordres sociétaux : “Jusqu’ici, j’étais
très collectif dans mon écriture, analyse Hamé. Aujourd’hui, on est plus dans le ‘je’ que dans cette représentation du ‘nous’.” Une écriture transversale esquissée en 2007 sur Du coeur à
l’outrage mais qui révèle ici son éclat. Sur La Périphérie au centre, sur les émotions d’un banlieusard en centre-ville, ou sur le cafardeux Un soir comme un autre, La Rumeur ne raconte pas la
police, le racisme ou l’histoire, mais cristallise ces matières dans un va-et-vient entre l’intime et le général. “Les approches thématiques du colonialisme ou des crimes policiers, on s’en est
occupé, peut-être parfois de façon un peu universitaire, constate Hamé. On n’éprouve plus le besoin d’y revenir de manière cloisonnée. Mais ce sont des choses qui participent à notre lecture du
monde et ressortent au milieu de considérations plus personnelles.”



Cette orientation doit beaucoup au chemin parcouru. Depuis le précédent album, certains membres sont devenus parents, ont terminé leurs études ou développé des activités hors du rap. Un quotidien
dont le disque s’est nourri, que l’on retrouve à travers un vocabulaire plus usuel, moins clinique, et des sujets nouveaux. Dans Tous ces mômes vont grandir, Hamé s’appuie sur ses préoccupations
de jeune père pour dessiner une vision de l’avenir : “C’est une nouvelle anxiété que l’on +



découvre depuis peu, détaille Hamé. C’est aussi la perspective de ce que sera la France dans quinze ans.” Tout brûle déjà est aussi le premier disque enregistré sans pression judiciaire : de 2002
à 2010, le groupe a en effet vécu au centre d’une procédure qui l’opposait à Nicolas Sarkozy, suite à la publication par Hamé d’un article faisant état de crimes policiers passés sous silence par
son ministère. Au terme de huit ans de citations, d’appels et de cassations, l’affaire s’est soldée par la relaxe de l’auteur mais a pesé sur le groupe : “On était au front, se souvient Hamé.
Nous avions intégré le procès à un degré qui confine à la banalité. C’était devenu un compagnon qui nous suivait de rendez-vous en rendez-vous, d’audience en audience.” L’incertitude aurait pu
hypothéquer la carrière mais l’a en fait solidifiée : “Ça a été un de nos principaux ressorts : nous avons redoublé d’attention, défini notre stratégie, créé notre label, produit deux
albums…”



Depuis, le groupe fourmille de projets : écriture et tournage de De l’encre, diffusé sur Canal+, enregistrement de Nord Sud Est Ouest 2 d’Ekoué et Philippe, réalisation de Ce chemin devant moi,
un court métrage de Hamé, en compétition au Festival de Cannes. Et ce nouvel album, dont la colère se nourrit d’une vision animale du mix, prêtant le flanc à un rap physique et arrogant qui sue
sur les breaks, qui fait corps avec la musique, à l’image du pugilat sonique du morceau-titre. “On a toujours évité ce rap dit conscient qui considère que seul compte le texte et que
musicalement, on peut se contenter d’un truc vintage, voire has been, détaille Philippe. Le rap, c’est pas que du texte, sinon on écrirait des bouquins.”



Tout brûle déjà offre une définition aboutie, mature, de ce qu’est La Rumeur : ni un peloton d’universitaires penchés sur leur histoire, ni un groupuscule militant, ni une cellule poétique
traditionnelle. Plutôt un crew inscrit dans son époque, évitant les diatribes trop génériques pour leur préférer la politique telle qu’on la vit intimement : “Tout brûle déjà, c’est pessimiste
comme titre, mais c’est ainsi qu’on ressent les choses. Nous sommes par exemple préoccupés par la manière dont le discours raciste s’est décomplexé. Il n’y a plus de garde-fous, ça vient parfois
des plus hauts sommets de l’Etat et ça ne fait pas tellement d’éclaboussures. Tout brûle déjà… On a l’impression qu’il n’y a plus grand-chose à sauver”, termine Ekoué.





Tracklist :

01. Interdit D'acces

02. Hors Sujet

03. Affaire A Suivre

04. La Peripherie Au Centre

05. Un Soir Comme Un Autre

06. Tout Brule Deja

07. Le Chemin Est Long

08. Tous Ces Momes Vont Grandir

09. Quand Je Marche Tu Cours

10. P'tite Laura

11. Sans Faire De Bruit

12. Hommage A La Marge

 



La Rumeur - Tout Brule Deja

http://www.la-rumeur.com/img/la-rumeur_tout-brule-deja_cover-340.jpg

http://www.la-rumeur.com

https://www.myspace.com/larumeurofficiel





Origine du Groupe : France

Style : Hip Hop , Rap

Sortie : 2012

icon streaming

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Par Thomas
Blondau
   pour http://www.lesinrocks.com




Modèle d’intégrité et d’intransigeance dans le rap français, La Rumeur devient ardent sur un quatrième album pessimiste et abouti. Critique et écoute.



Les rappeurs ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu’ils touchent l’intime. Lorsque l’egotrip ou la vindicte politique s’affaissent sous le poids de visions personnelles qui impriment à ces
deux aspects fondamentaux du rap quelque chose de singulier. Formé il y a quinze ans par Philippe, Ekoué, Mourad et Hamé, La Rumeur a souvent cheminé en ce sens mais n’a pas toujours atteint ce
but avec clarté. Les livraisons de ces enfants d’immigrés, qui témoignent de la complexité de parcours issus de l’exil, ont parfois emprunté des chemins textuels escarpés qui en ont rendu le
décodage fastidieux.



En dépit d’une discographie sans tache et d’une poignée de chefs-d’œuvre qui transpirent la sensibilité des auteurs (Blessé dans mon ego, où Ekoué évoque sa double identité et raille son “statut
de paria ici, et d’intrus en cance-va au bled”…), le groupe s’est parfois exprimé avec une forme de distance descriptive, un didactisme martial qui lui a conféré une aura de crew politique,
compétent et pertinent, mais finalement froid. C’est ici que Tout brûle déjà marque un mouvement.



En 2012, le fond demeure mais la distance se réduit, projetant les rappeurs au centre de leurs écrits, charriant dans un même flot désordres intimes et désordres sociétaux : “Jusqu’ici, j’étais
très collectif dans mon écriture, analyse Hamé. Aujourd’hui, on est plus dans le ‘je’ que dans cette représentation du ‘nous’.” Une écriture transversale esquissée en 2007 sur Du coeur à
l’outrage mais qui révèle ici son éclat. Sur La Périphérie au centre, sur les émotions d’un banlieusard en centre-ville, ou sur le cafardeux Un soir comme un autre, La Rumeur ne raconte pas la
police, le racisme ou l’histoire, mais cristallise ces matières dans un va-et-vient entre l’intime et le général. “Les approches thématiques du colonialisme ou des crimes policiers, on s’en est
occupé, peut-être parfois de façon un peu universitaire, constate Hamé. On n’éprouve plus le besoin d’y revenir de manière cloisonnée. Mais ce sont des choses qui participent à notre lecture du
monde et ressortent au milieu de considérations plus personnelles.”



Cette orientation doit beaucoup au chemin parcouru. Depuis le précédent album, certains membres sont devenus parents, ont terminé leurs études ou développé des activités hors du rap. Un quotidien
dont le disque s’est nourri, que l’on retrouve à travers un vocabulaire plus usuel, moins clinique, et des sujets nouveaux. Dans Tous ces mômes vont grandir, Hamé s’appuie sur ses préoccupations
de jeune père pour dessiner une vision de l’avenir : “C’est une nouvelle anxiété que l’on +



découvre depuis peu, détaille Hamé. C’est aussi la perspective de ce que sera la France dans quinze ans.” Tout brûle déjà est aussi le premier disque enregistré sans pression judiciaire : de 2002
à 2010, le groupe a en effet vécu au centre d’une procédure qui l’opposait à Nicolas Sarkozy, suite à la publication par Hamé d’un article faisant état de crimes policiers passés sous silence par
son ministère. Au terme de huit ans de citations, d’appels et de cassations, l’affaire s’est soldée par la relaxe de l’auteur mais a pesé sur le groupe : “On était au front, se souvient Hamé.
Nous avions intégré le procès à un degré qui confine à la banalité. C’était devenu un compagnon qui nous suivait de rendez-vous en rendez-vous, d’audience en audience.” L’incertitude aurait pu
hypothéquer la carrière mais l’a en fait solidifiée : “Ça a été un de nos principaux ressorts : nous avons redoublé d’attention, défini notre stratégie, créé notre label, produit deux
albums…”



Depuis, le groupe fourmille de projets : écriture et tournage de De l’encre, diffusé sur Canal+, enregistrement de Nord Sud Est Ouest 2 d’Ekoué et Philippe, réalisation de Ce chemin devant moi,
un court métrage de Hamé, en compétition au Festival de Cannes. Et ce nouvel album, dont la colère se nourrit d’une vision animale du mix, prêtant le flanc à un rap physique et arrogant qui sue
sur les breaks, qui fait corps avec la musique, à l’image du pugilat sonique du morceau-titre. “On a toujours évité ce rap dit conscient qui considère que seul compte le texte et que
musicalement, on peut se contenter d’un truc vintage, voire has been, détaille Philippe. Le rap, c’est pas que du texte, sinon on écrirait des bouquins.”



Tout brûle déjà offre une définition aboutie, mature, de ce qu’est La Rumeur : ni un peloton d’universitaires penchés sur leur histoire, ni un groupuscule militant, ni une cellule poétique
traditionnelle. Plutôt un crew inscrit dans son époque, évitant les diatribes trop génériques pour leur préférer la politique telle qu’on la vit intimement : “Tout brûle déjà, c’est pessimiste
comme titre, mais c’est ainsi qu’on ressent les choses. Nous sommes par exemple préoccupés par la manière dont le discours raciste s’est décomplexé. Il n’y a plus de garde-fous, ça vient parfois
des plus hauts sommets de l’Etat et ça ne fait pas tellement d’éclaboussures. Tout brûle déjà… On a l’impression qu’il n’y a plus grand-chose à sauver”, termine Ekoué.





Tracklist :

01. Interdit D'acces

02. Hors Sujet

03. Affaire A Suivre

04. La Peripherie Au Centre

05. Un Soir Comme Un Autre

06. Tout Brule Deja

07. Le Chemin Est Long

08. Tous Ces Momes Vont Grandir

09. Quand Je Marche Tu Cours

10. P'tite Laura

11. Sans Faire De Bruit

12. Hommage A La Marge

 



2010年7月14日星期三

La Rumeur - Regain De Tension

http://www.rap-francais.com/imgs/pochettes/La%20Rumeur%20-%20Regain%20de%20tension%20Pochette%20CD.jpg

Note :

http://www.la-rumeur.com

http://www.myspace.com/larumeurofficiel



Quand il y a de l'agressivité en face, obligé de parler sur le ton de la menace, question de dignité.



Deux ans après le splendide L'ombre sur la mesure et dans l'attente d'un procès pour diffamation publique envers la police nationale, La Rumeur est de retour avec un disque offensif - évidemment
offensif. Son titre, sa pochette, ses sons et ses textes : tout converge vers le déchaînement d'une attaque violente mais précise. Car au-dessus de ce Regain de tension plane l'ombre du procès,
et derrière lui de la police, d'une justice souvent complice, de la politique sécuritaire, et finalement de tout ce qui tend à faire perdre Nom, prénom, identité...



En résistance à ces ombres, La Rumeur affirme justement plus que jamais son identité, bâtie autour de propos à double-tranchant, sans cesse perchés sur un "mince fil qui manque de casser d'un
coup"... La précarité de cet équilibre se ressent d'ailleurs souvent dans le timbre de la voix quand La Rumeur rappe à bout de souffle et avec les tripes, notamment Hamé (Ils nous aiment comme le
feu) et Philippe (Quand le diable est au piano). Mais c'est surtout dans les textes que La Rumeur joue au funambule, car les formules extrêmes se succèdent, notamment chez Philippe et Ekoué qui
entretiennent une violence exprimée par des insultes gratuites, des propos lapidaires, et des prévisions menaçantes. "De la confiture pour les porcs" : voilà ce qu'offre en somme La Rumeur. Car
pour les censeurs, radios, syndicats de police et autre Ministère de l'Intérieur qui douteraient encore de la haine que leur porte La Rumeur, chaque rime se dresse et la leur vomit en pleine face
: vulgairement certes, mais aussi avec poésie. Et le vacarme devient arme :



A nous le bruit, et ses effractions en série

Son sous-sol, ses clés d'acier, et ses clés de sol

A nous le bruit, à nous le bruit



D'une plume toujours aussi aiguisée et littéraire (tout comme celle de Mourad), Hamé s'adresse dans Inscrivez greffier au tribunal, "n’exprime aucun regret", et invoque contre sa propre personne
l'article 25 bis, alinéa premier : expulsion du territoire pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Cet excellent morceau solo, nourri entre autres du texte boucher La violence et l’ennui de Léo
Ferré, rejoint les couplets du même Hamé, dans P.O.R.C et le superbe Ils nous aiment comme le feu, tous obsédés par la censure et le procès à venir.



Pendant que la censure peine de tous ses efforts

Et que d'obscurs syndicats de porcs

En cas d'encombrantes bavures invoquent le coup du sort

Et nous convoquent leur état-major...



Dans un style beaucoup plus brut et quasi-parlé, Ekoué se charge d'enfoncer violemment le clou déjà planté par Philippe dans son réquisitoire Soldat Lambda, en faisant preuve d'un cynisme
incendiaire notamment dans Les mots qui me viennent : "et oui je siffle la Marseillaise, et je te baise, c'est comme ça". Le respect envers l'hymne national, envers la police, des concepts aussi
foireux que celui d'intégration ou des euphémismes de type "bavures", autant de Mots du maître "à suivre à la lettre" que pourrait recenser Hamé pour mieux leur "tordre le cou"...



Quand le diable est au piano

Qu'il joue la note de trop

Quand le piano est au diable

Ce que la corde est au cou des présumés coupables



En point culminant de l'album, Quand le diable est au piano offre une atmosphère sombre et funèbre parfaitement maîtrisée, avec une entrée en scène apocalyptique de Philippe qui déclenche quatre
couplets et un superbe refrain nous entraînant au cœur du crime policier… c’est-à-dire au cœur de la prétendue diffamation : coup de maître qui démontre par ailleurs l'alchimie remarquable opérée
entre les quatre membres du groupe, tout comme les deux autres excellents morceaux collectifs que sont A nous le bruit et le plus étonnant Paris nous nourrit, Paris nous affame (où le groupe se
voit épaulé pas l'ancien guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay).



Inutile de dresser une comparaison avec l'album précédent, d'en regretter des aspects ou d'en réclamer d'autres, que ce soit dans les sons comme dans l’écriture : Regain de tension est un disque
de circonstance, par lequel La Rumeur marque au fer rouge l'année 2004 de prises de position tranchées correspondant tout à fait à son époque et à son actualité. En ce sens, cet album est tout
simplement parfait.



par PJ

permalink





Origine du Groupe : France

Style : Rap Fusion , Hip Hop

Sortie : 2004



Tracklist :

01. l'encre va encore couler

02. a nous le bruit

03. ils nous aiment comme le feu

04. soldat lambda

05. p.o.r.c. (pourquoi on resterait calme)

06. inscrivez greffier

07. nom, prénom, identité

08. paris nous nourrit, paris nous affame

09. les mots qui me viennent

10. quand le diable est au piano

11. maître mot, mots du maître

12. nous sommes les premiers sur...(bonus track)

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La Rumeur - Regain De Tension

http://www.rap-francais.com/imgs/pochettes/La%20Rumeur%20-%20Regain%20de%20tension%20Pochette%20CD.jpg

Note :

http://www.la-rumeur.com

http://www.myspace.com/larumeurofficiel



Quand il y a de l'agressivité en face, obligé de parler sur le ton de la menace, question de dignité.



Deux ans après le splendide L'ombre sur la mesure et dans l'attente d'un procès pour diffamation publique envers la police nationale, La Rumeur est de retour avec un disque offensif - évidemment
offensif. Son titre, sa pochette, ses sons et ses textes : tout converge vers le déchaînement d'une attaque violente mais précise. Car au-dessus de ce Regain de tension plane l'ombre du procès,
et derrière lui de la police, d'une justice souvent complice, de la politique sécuritaire, et finalement de tout ce qui tend à faire perdre Nom, prénom, identité...



En résistance à ces ombres, La Rumeur affirme justement plus que jamais son identité, bâtie autour de propos à double-tranchant, sans cesse perchés sur un "mince fil qui manque de casser d'un
coup"... La précarité de cet équilibre se ressent d'ailleurs souvent dans le timbre de la voix quand La Rumeur rappe à bout de souffle et avec les tripes, notamment Hamé (Ils nous aiment comme le
feu) et Philippe (Quand le diable est au piano). Mais c'est surtout dans les textes que La Rumeur joue au funambule, car les formules extrêmes se succèdent, notamment chez Philippe et Ekoué qui
entretiennent une violence exprimée par des insultes gratuites, des propos lapidaires, et des prévisions menaçantes. "De la confiture pour les porcs" : voilà ce qu'offre en somme La Rumeur. Car
pour les censeurs, radios, syndicats de police et autre Ministère de l'Intérieur qui douteraient encore de la haine que leur porte La Rumeur, chaque rime se dresse et la leur vomit en pleine face
: vulgairement certes, mais aussi avec poésie. Et le vacarme devient arme :



A nous le bruit, et ses effractions en série

Son sous-sol, ses clés d'acier, et ses clés de sol

A nous le bruit, à nous le bruit



D'une plume toujours aussi aiguisée et littéraire (tout comme celle de Mourad), Hamé s'adresse dans Inscrivez greffier au tribunal, "n’exprime aucun regret", et invoque contre sa propre personne
l'article 25 bis, alinéa premier : expulsion du territoire pour atteinte à la sûreté de l'Etat. Cet excellent morceau solo, nourri entre autres du texte boucher La violence et l’ennui de Léo
Ferré, rejoint les couplets du même Hamé, dans P.O.R.C et le superbe Ils nous aiment comme le feu, tous obsédés par la censure et le procès à venir.



Pendant que la censure peine de tous ses efforts

Et que d'obscurs syndicats de porcs

En cas d'encombrantes bavures invoquent le coup du sort

Et nous convoquent leur état-major...



Dans un style beaucoup plus brut et quasi-parlé, Ekoué se charge d'enfoncer violemment le clou déjà planté par Philippe dans son réquisitoire Soldat Lambda, en faisant preuve d'un cynisme
incendiaire notamment dans Les mots qui me viennent : "et oui je siffle la Marseillaise, et je te baise, c'est comme ça". Le respect envers l'hymne national, envers la police, des concepts aussi
foireux que celui d'intégration ou des euphémismes de type "bavures", autant de Mots du maître "à suivre à la lettre" que pourrait recenser Hamé pour mieux leur "tordre le cou"...



Quand le diable est au piano

Qu'il joue la note de trop

Quand le piano est au diable

Ce que la corde est au cou des présumés coupables



En point culminant de l'album, Quand le diable est au piano offre une atmosphère sombre et funèbre parfaitement maîtrisée, avec une entrée en scène apocalyptique de Philippe qui déclenche quatre
couplets et un superbe refrain nous entraînant au cœur du crime policier… c’est-à-dire au cœur de la prétendue diffamation : coup de maître qui démontre par ailleurs l'alchimie remarquable opérée
entre les quatre membres du groupe, tout comme les deux autres excellents morceaux collectifs que sont A nous le bruit et le plus étonnant Paris nous nourrit, Paris nous affame (où le groupe se
voit épaulé pas l'ancien guitariste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay).



Inutile de dresser une comparaison avec l'album précédent, d'en regretter des aspects ou d'en réclamer d'autres, que ce soit dans les sons comme dans l’écriture : Regain de tension est un disque
de circonstance, par lequel La Rumeur marque au fer rouge l'année 2004 de prises de position tranchées correspondant tout à fait à son époque et à son actualité. En ce sens, cet album est tout
simplement parfait.



par PJ

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Origine du Groupe : France

Style : Rap Fusion , Hip Hop

Sortie : 2004



Tracklist :

01. l'encre va encore couler

02. a nous le bruit

03. ils nous aiment comme le feu

04. soldat lambda

05. p.o.r.c. (pourquoi on resterait calme)

06. inscrivez greffier

07. nom, prénom, identité

08. paris nous nourrit, paris nous affame

09. les mots qui me viennent

10. quand le diable est au piano

11. maître mot, mots du maître

12. nous sommes les premiers sur...(bonus track)

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